Le Miroir Intérieur.
Tu n’as pas à traverser cela seul·e. Prends le temps qu’il te faut. Tu peux lire, fermer cette page, puis revenir.
Une méthode créée, fondée et pensée par Norabelle

Le Miroir Intérieur.

The Inner Mirror Method : verbalisation · conscientisation · acceptation. Un chemin pour comprendre son vécu et avancer à son rythme, sans injonction.

Verbalisation
Conscientisation
Acceptation

The Inner Mirror Method — Le Miroir Intérieur

à ton rythme
Une méthode créée, fondée et pensée par Norabelle

The Inner Mirror Method — Le Miroir Intérieur

La méthode que j’ai créée s’appuie sur l’écriture et propose un accompagnement progressif, construit autour de différentes thématiques. Elle se déroule en trois temps.

À savoir : Le Miroir Intérieur est une méthode pour écrire et réfléchir. Elle ne remplace pas une aide, un avis ou un suivi médical ou psychologique, ni le soutien proposé par un professionnel de santé.

Elle s’adresse aux personnes victimes dans l’enfance ou à l’âge adulte : filles, garçons, femmes et hommes.

01 — Écrire pour verbaliser

Verbalisation

L’écriture permet de poser les mots sur son vécu. Il ne s’agit pas de bien écrire, mais d’exprimer ce qui est là, avec ses propres mots.

02 — Lire pour prendre conscience

Conscientisation

Lire ce qui a été écrit et entendre ses propres mots pour prendre conscience de ce qui a été vécu et exprimé.

03 — Accueillir et choisir la suite

Acceptation

Accepter ne signifie pas accepter les violences, les excuser ou les pardonner. C’est reconnaître ce qui s’est passé et choisir ce que l’on souhaite mettre en place pour la suite, à son rythme.

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L’envoi de la méthode est gratuit. Indique ton prénom et ton adresse mail pour la demander. Cette demande ne t’engage pas à prendre un rendez-vous.

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Comprendre les mots

Nommer les faits aide à distinguer les réalités.

Les mots du quotidien et les qualifications juridiques ne se recouvrent pas toujours. La qualification définitive appartient à la justice.

Qu’est-ce qu’un viol ?

En droit français, un acte de pénétration sexuelle ou un acte bucco-génital ou bucco-anal commis par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. Des dispositions spécifiques existent aussi pour certains actes commis par un majeur sur un mineur.

Code pénal, art. 222-23 ↗

Qu’est-ce qu’une agression sexuelle ?

Une atteinte sexuelle imposée par violence, contrainte, menace ou surprise peut constituer une agression sexuelle. La loi prévoit aussi des qualifications spécifiques impliquant un mineur.

Code pénal, art. 222-22 ↗

Qu’est-ce qu’un pédophile ?

Le mot décrit une attirance sexuelle envers des enfants prépubères. Il ne désigne pas, à lui seul, une infraction pénale : la justice qualifie des actes précis. Attirance, passage à l’acte et infractions ne sont pas synonymes.

Qu’est-ce qu’un pédocriminel ?

Ce mot d’usage courant désigne une personne qui commet des infractions sexuelles contre des mineurs. Ce n’est pas une qualification autonome du Code pénal : les faits sont qualifiés selon les actes et les circonstances.

Comprendre le droit

Le cycle des lois, article par article.

Des fiches courtes pour retrouver les textes, comprendre les notions et consulter la source officielle.

Agression sexuelle incestueuse

Des qualifications spécifiques existent pour certaines atteintes commises par un majeur sur un mineur dans un cadre incestueux.

Code pénal, art. 222-29-3 ↗

Propositions sexuelles en ligne

Solliciter certaines propositions sexuelles auprès d’un mineur par voie électronique constitue une infraction prévue par la loi.

Code pénal, art. 227-22-1 ↗

Pédopornographie

La loi réprime notamment la production, la diffusion, la détention ou la consultation habituelle d’images pornographiques représentant un mineur.

Code pénal, art. 227-23 ↗

Demande d’images à un mineur

Un majeur qui sollicite des images pornographiques d’un mineur relève d’une disposition distincte.

Code pénal, art. 227-23-1 ↗
Délais de prescription

Les délais dépendent de l’âge au moment des faits et de l’infraction.

Victime majeure au moment des faits
6 ans · agression sexuelle

En règle générale, le délai court à compter des faits.

20 ans · viol

En règle générale, le délai court à compter des faits.

Victime mineure au moment des faits
10 ans · agression sexuelle

Pour les infractions concernées, le délai court à partir de la majorité.

30 ans · viol

Pour les crimes sexuels concernés, le délai court à partir de la majorité.

Qu’est-ce que la prescription glissante ?

Pour certaines infractions sexuelles commises sur des mineurs, une nouvelle infraction imputée à la même personne contre un autre mineur pendant le délai peut prolonger la prescription initiale. Les conditions varient selon la qualification. Voir l’explication officielle ↗

Comment connaître le délai applicable à une situation précise ?

Le calcul dépend notamment de la date, de l’âge de la victime, de la qualification retenue et des actes ayant interrompu ou suspendu le délai. Une association d’aide aux victimes ou un avocat peut aider à faire le point.

Les démarches possibles

Porter plainte : plusieurs portes d’entrée.

La victime peut être accompagnée. Elle n’a pas besoin de qualifier juridiquement les faits elle-même.

Racontez ce dont vous vous souvenez, sans filtrer votre vécu. Si vous avez des éléments — messages, courriels, photos ou documents — signalez-les et demandez comment les transmettre.

Commissariat

Déposer plainte auprès d’un commissariat. La plainte doit être reçue, quel que soit le lieu des faits.

Gendarmerie

Déposer plainte auprès d’une brigade de gendarmerie. La plainte est ensuite transmise au procureur.

Courrier au procureur

Adresser une plainte au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent, avec les informations disponibles.

Constitution de partie civile

Saisir le doyen des juges d’instruction pour demander une instruction et se constituer partie civile. Les conditions varient selon crime ou délit, et une consignation peut être demandée.

À retenir

Lorsqu’une victime dénonce un crime, elle n’avoue rien.

« Croire, entendre, accompagner, c’est respecter la parole des victimes. »

Le silence tue. Parler, c’est le premier pas.

À l’entourage

Quand une victime parle, la famille et les proches ont un rôle essentiel.

Écouter sans interrogatoire. Croire sans juger. Accompagner sans décider à la place. Ne pas minimiser, culpabiliser ni imposer le silence.

Mon histoire

40 ans pour se construire

J’ai choisi la paix.

Ce récit évoque des violences sexuelles subies pendant l’enfance et des maltraitances. Il est détaillé. Tu peux le lire à ton rythme et t’arrêter à tout moment.

Je m’appelle Norabelle. Le nom de mon compte Instagram, 40 ans pour se construire, n’est pas un hasard. J’ai mis énormément de temps à me construire. J’ai attendu, espéré qu’on m’entende, qu’on me croie, qu’on m’accompagne, qu’on m’aide, qu’on m’aime et qu’on me protège.

Mon père, mon enfance et les responsabilités trop grandes

Je suis née en 1983, dans une famille avec ses complexités et ses défaillances. Nous sommes plusieurs enfants, de pères différents. Je suis la deuxième. Mon aînée vivait avec notre père ; comme elle n’était pas là au quotidien, j’ai très tôt dû prendre soin de la fratrie. J’étais une enfant à qui l’on demandait de s’occuper d’autres enfants.

J’avais de très bons rapports avec mon père. Je passais du temps avec lui dans la cave, à Revigny-sur-Ornain, pendant qu’il bricolait. On se comprenait. Il est décédé alors que j’étais très jeune. Sa mort est l’une de mes plus grandes douleurs.

La génitrice travaillait souvent la nuit, dans des bars. Il lui arrivait de partir et de nous laisser seuls. Elle nous faisait comprendre qu’il ne fallait pas faire de bruit, qu’il ne fallait pas être trop visibles, et que si un homme ne restait pas dans sa vie, ce serait de notre faute. Elle était notre seul repère, même lorsque ses paroles et ses gestes nous faisaient peur.

Je me souviens qu’elle simulait parfois des malaises et nous disait : « De toute façon, c’est de ta faute, tu ne m’aimes pas, tu veux que je meure. » Nous pleurions, effrayés à l’idée de la perdre. Ces scènes ont participé à la peur et à la culpabilité avec lesquelles j’ai grandi.

L’appartement du boulevard des Flandres

Vers mes sept ou huit ans, la génitrice a rencontré un homme. Les faits que je raconte ici se sont déroulés dans un logement du boulevard des Flandres, dans la Meuse. Nous étions trois enfants dans une chambre d’environ neuf mètres carrés.

Je me rappelle très précisément l’appartement. En entrant, il y avait un hall ; en face, le salon, puis une autre chambre en traversant la pièce. À droite de l’entrée se trouvait un cagibi qui servait de vestiaire, mais aussi de pièce de punition. J’y ai passé beaucoup de temps et je me suis même endormie. À gauche, un couloir d’environ quatre mètres desservait le garde-manger, la cuisine à droite, la salle de bain en face, la chambre à droite et les toilettes à gauche.

La salle de bain est associée à des souvenirs très durs. Nous pouvions y rester trois ou quatre heures, tous les trois. Même lorsqu’un enfant avait besoin d’aller aux toilettes ou avait fait ses besoins, il ne fallait pas sortir tant que la génitrice ne l’avait pas autorisé. La pièce était froide. Pour une enfant, ce couloir et cet appartement semblaient immenses ; le traverser dans le noir me paraissait interminable.

Une nuit, je me suis réveillée en pleurs et je suis partie chercher la génitrice, parce qu’elle était mon seul repère. Je suis sortie de la chambre, j’ai longé le couloir dans le noir et j’ai ouvert la porte du salon. J’y ai vu cet homme assis au bord du canapé, en train de se masturber. Il m’a dit : « N’aie pas peur, t’inquiète pas, ça va aller. » Il m’a ensuite obligée à lui faire des actes sexuels. Je raconte ces faits comme je m’en souviens.

Dans la chambre, il y avait une télévision posée sur un meuble, un lit à barreaux et des lits superposés disposés en L. Au début, je dormais en bas et un enfant de la fratrie dormait en haut. J’ai ensuite choisi de monter dans le lit du haut, en me disant que j’aurais peut-être la paix. Un jour, cet homme était derrière moi dans le lit. La génitrice est entrée. Son regard était à hauteur de mon lit ; j’ai croisé ses yeux. Elle m’a regardée, puis elle est repartie. Ce regard et son départ sont parmi les souvenirs qui m’ont fait le plus mal.

Je crois qu’il y avait eu des alertes. Des personnes auraient prévenu la génitrice qu’il avait un casier judiciaire et qu’il recommençait. Je ne peux pas parler à sa place ni affirmer ce qu’elle savait à chaque moment. Je peux dire ce que j’ai vu : ce regard, puis son départ. Lui, derrière moi, n’a pas sursauté et n’a pas semblé avoir peur.

Avec le recul, d’autres images me sont revenues. Il regardait des films pornographiques ; la génitrice en enregistrait ou en achetait pour lui. Sur le canapé d’angle gris, avec un long coussin vert en forme de crocodile, il y avait souvent un plaid. Sous ce plaid, alors que nous étions à côté, la génitrice lui faisait des actes sexuels. Enfant, je ne comprenais pas tout ce qui se passait, mais ces scènes sont restées en moi.

Les violences ont continué après le déménagement

Nous avons ensuite déménagé dans une maison louée, près d’un commissariat. Le bâtiment avait trois niveaux et notre logement deux. À l’étage, il y avait trois chambres et une salle de bain ; la génitrice et cet homme occupaient une chambre en bas. Une autre chambre, près de l’entrée du bâtiment, pouvait être atteinte sans traverser toute la maison.

Les violences ont continué. La nuit, il venait dans ma chambre et m’obligeait à lui faire des fellations. Quand je me réveillais en sursaut, il souriait et riait, comme un enfant surpris en train de faire une bêtise. Il m’a aussi touchée et pénétrée pendant que je dormais. Quand je faisais mes devoirs à mon bureau, il se plaçait derrière moi et frottait son sexe contre mon dos et mon visage. Ce sont des faits difficiles à écrire, mais ces détails comptent dans mon récit.

Ces réveils ont laissé des traces. Aujourd’hui encore, je peux me réveiller à la même heure avec des nausées. J’ai aussi une mémoire olfactive : certaines odeurs me ramènent à lui, à mon anniversaire, à Noël ou au jour où j’ai appris la mort de mon père.

Je n’ai que peu de souvenirs de mon enfance, en particulier de la période où cet homme était présent jusqu’au moment où j’ai pu prendre des décisions pour partir et me protéger. J’ai une amnésie post-traumatique partielle : certaines scènes sont très nettes, tandis que de longues périodes sont absentes. J’ai consulté une unité médico-judiciaire ; je raconterai cet aspect plus tard.

Il y avait aussi d’autres formes de maltraitance. J’ai récupéré mon dossier médical et j’y ai retrouvé des éléments concernant ma santé et mon alimentation. Enfant, j’étais anorexique dans un contexte de malnutrition, et non parce que je voulais maigrir ou que je n’aimais pas mon corps. Des alertes avaient été faites auprès des services sociaux ; des assistantes sociales sont venues. Avec le recul et les éléments que j’ai pu lire, j’ai le sentiment que la situation n’a pas été réellement prise en compte.

À l’adolescence, parler sous la peur

À cette période, j’étais chez ma grand-mère parce que j’y étais en sécurité. J’y faisais des allers-retours selon mes choix scolaires et professionnels. Un jour, on m’a demandé de revenir chez la génitrice parce qu’il se passait quelque chose. Deux membres de la famille étaient dans le salon avec elle. J’ai appris que l’homme était en garde à vue après que des faits eurent été dénoncés. Il contestait les accusations et parlait de dénonciation calomnieuse.

La génitrice m’a demandé s’il m’avait fait quelque chose. J’ai d’abord dit non. J’avais peur et je me souvenais de son regard lorsqu’elle était entrée dans la chambre. Elle a insisté en me disant que je pouvais lui faire confiance. Puis elle m’a parlé de la cigarette qu’elle savait que je fumais et m’en a proposé une. Quand elle m’a demandé si cela faisait quelque chose, j’ai craqué et j’ai dit oui. Je n’ai même pas eu le temps de raconter tout ce qu’il m’avait fait subir. Sa réponse a été : « Ah ça va, moi aussi j’ai failli me faire violer, c’est rien. »

Une personne de la famille était au bord du malaise, choquée par ce qu’elle venait d’entendre. Une autre a dit qu’elle allait lui « péter la gueule ». À ce jour, elle ne l’a pas fait. La génitrice m’a dit que je serais convoquée au commissariat et qu’il ne faudrait rien dire : sinon, elle irait en prison, la fratrie serait séparée et ce serait de ma faute.

Elle m’a dit de refuser la caméra lors de mon audition. Je me souviens de la convocation et de la peur que m’inspirait la personne qui m’interrogeait. Je ne me sentais pas en sécurité pour parler. Plus tard, en lisant des procès-verbaux, j’ai découvert que des membres de la famille avaient signalé des faits et que certaines déclarations m’étaient attribuées. Je n’en ai pas le souvenir. Je ne dis pas qu’ils ont tort : ils ont bien fait de parler.

Cette expérience m’a appris combien il peut être difficile de parler lorsque l’on est jeune, effrayée et sous pression. Si vous choisissez de porter plainte et que vous le souhaitez, faites-vous accompagner. Vous pouvez vous rendre au commissariat ou à la gendarmerie, ou écrire au procureur de la République. Si vous avez des éléments — photos, documents, messages, courriels ou enregistrements — vous pouvez les conserver et les transmettre aux autorités compétentes. Vous n’avez pas à décider seule de tout, ni à déposer plainte pour avoir le droit de parler.

Grandir avec les conséquences

Je travaillais déjà dans la coiffure à l’adolescence. À la sortie de la convocation, je devais faire un signe à la génitrice pour lui indiquer que c’était terminé. L’homme a été libéré et est rentré au domicile. Je lui ai demandé : « Avec ce que je t’ai dit, il rentre encore dans la maison ? » Elle m’a répondu qu’elle ne pouvait pas le mettre dehors. Je lui ai demandé de choisir entre lui et moi. Elle a choisi lui.

Je savais aussi qu’elle avait fait des crédits à son nom. Lors d’une confrontation ultérieure, il a parlé de ces crédits et de son passage à la Banque de France. J’ai conservé des documents, notamment le courrier qui m’a appris que la première procédure avait été classée sans suite. Je rapporte ici ce que j’ai vécu et ce que j’ai lu ; je ne prétends pas remplacer une enquête ou une décision de justice.

En grandissant, j’ai longtemps évité de m’engager avec un homme. J’ai eu un enfant que je crois profondément m’avoir aidée à rester en vie et à avancer. Ma grand-mère, avec sa foi, m’a transmis des repères, une conscience, des valeurs et des principes. Je suis partie à l’armée, j’ai voyagé, et j’ai construit ma vie de femme, de mère et d’individu.

J’ai aussi rencontré quelqu’un de formidable. Il m’a montré que je pouvais être respectée, aimée et en confiance. Nous sommes ensemble depuis seize ans et nous avons un garçon. Il prend soin de moi et de notre famille. Je ne le remercierai jamais assez pour la stabilité qu’il m’a apportée.

Pour autant, la douleur et les souvenirs revenaient. J’ai attendu longtemps de recevoir de la considération, du respect, de l’amour et de la protection. On me disait souvent : « Passe à autre chose », « Depuis le temps, tu devrais passer à autre chose », ou encore que je les « saoulais ». Ce dont j’avais besoin, c’était qu’on m’écoute, qu’on me croie et qu’on m’accompagne — y compris vers un soutien psychologique, si je le souhaitais.

À dix-neuf ou vingt ans, j’ai consulté une psychologue. Je lui ai parlé de ce que j’avais vécu, y compris d’autres sujets que les violences sexuelles. Elle m’a dit que ce que je racontais n’était pas possible, qu’à ses yeux j’avais inventé, puis m’a mise dehors. J’ai payé la consultation. Cette réaction m’a blessée et a rendu encore plus difficile le fait de demander de l’aide.

En 2017, j’ai porté plainte

Avant de porter plainte, j’ai envoyé à cet homme un courrier recommandé de plusieurs pages — quatre pages, de mémoire — où je lui rappelais les faits, ce qu’il m’avait fait subir et les conséquences sur ma vie de femme et de mère. Dans sa première réponse, il disait que ma lettre l’avait beaucoup touché et proposait que nous nous rencontrions pour parler. Il écrivait qu’il n’était pas doué pour s’exprimer et disait ne pas vouloir remettre le couteau dans la plaie.

Je lui ai fait comprendre que cette réponse ne constituait pas des excuses. Dans un autre courrier, il a écrit qu’il était désolé de ne pas avoir su trouver les mots, qu’il avait pensé à me contacter, qu’il ne pouvait pas revenir en arrière ni réparer ses erreurs, et que des excuses seraient un commencement. Ces mots n’effaçaient pas ce que j’avais vécu et ne m’apportaient pas toutes les réponses que j’attendais. J’ai remis les courriers aux gendarmes.

En 2017, j’ai porté plainte. Il y a eu de longues auditions, puis une confrontation. J’y suis allée seule, après environ quatre heures de route. Avec le recul, je pense que j’aurais eu besoin d’être accompagnée et que je n’étais pas assez forte pour affronter cela seule. Pendant la confrontation, il répétait qu’il allait voir son avocat. Je n’ai pas reçu de nouvelles pendant longtemps. En 2021, j’ai appelé et j’ai appris que la plainte avait été classée sans suite.

J’ai également raconté mon histoire dans différents médias : émissions de télévision et de radio, journaux locaux et régionaux. J’ai pris la parole sur mon parcours et sur la confrontation. En 2020, j’ai créé le groupe Facebook. J’y ai organisé des rendez-vous d’échange sur Teams, chaque semaine et chaque mois. Je remercie profondément les personnes qui ont rejoint le groupe et ces moments de verbalisation, celles qui m’ont entendue et crue, ainsi que celles qui m’entourent et n’ont jamais mis ma parole en doute.

Choisir la paix

Ma relation avec la génitrice a longtemps été faite de critiques et de culpabilisation. Elle dénigrait mon père et me rabaissait en me disant que j’étais « la fille à mon père », « méchante » ou « mauvaise ». Elle critiquait mes choix et me comparait à elle dans son rôle de mère. J’ai essayé de mettre de l’eau dans mon vin et de renouer, mais les mêmes paroles et le même chantage affectif revenaient.

J’ai fini par couper les liens avec toute ma famille, jusqu’au chien. La dernière fois, j’ai pris cette décision lorsque j’ai vu que la situation avait un impact sur mon foyer et que je ne voulais pas l’imposer à mes enfants. Je n’éprouve ni haine ni colère. J’ai choisi la paix. J’ai compris que je ne pouvais plus attendre de la génitrice ce qu’elle ne m’avait jamais donné, et qu’elle n’avait plus, pour moi, la place d’une mère.

La génitrice est décédée le 30 décembre 2023. Je l’ai appris le 6 janvier 2024, jour anniversaire du décès de mon père. Jusqu’à la fin, elle n’a pas reconnu les faits que je lui reprochais, ne m’a pas demandé pardon et ne s’est pas excusée. Lorsqu’elle a organisé sa prévoyance, elle a prévu mes deux enfants, mais pas moi. Je l’ai vécu comme une dernière absence de considération ; je n’ai pas eu la possibilité de choisir ou de refuser.

Je ne prétends pas être parfaite. Je sais que mon récit est le mien et que les personnes concernées peuvent en donner une autre version. Mais je sais ce que j’ai vécu et ce que j’en porte. Les conséquences psychologiques et le détachement d’un système familial dysfonctionnel peuvent être très difficiles. On peut porter cela longtemps. C’est pour cela que je le raconte.

Pourquoi je prends la parole

Je ne raconte pas tout cela pour imposer une démarche à qui que ce soit. Porter plainte est un choix. Parler, écrire, conserver des éléments, chercher un accompagnement médical ou psychologique : chacun avance à son rythme et selon ce qui lui convient. Mais ne laissez personne vous faire croire que vous êtes responsable des actes commis contre vous ou que votre silence est une dette à payer pour protéger le confort des autres.

Le silence ne vous protège pas. Il protège ceux qui veulent que rien ne change. Si vous le pouvez, parlez à une personne de confiance, à un professionnel ou à une association. Dites les faits avec vos mots. Cherchez quelqu’un qui pourra vous écouter sans vous brusquer.

Lorsqu’une victime dénonce un crime, elle n’avoue rien. Croire, entendre et accompagner, c’est respecter sa parole.

Et si je racontais mon histoire dans un livre ?

Si tu aimerais lire ce livre un jour, fais-le-moi savoir.

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Tu peux demander des informations et être accompagnée par une association, un professionnel du droit ou un service d’accès au droit. Tu peux te renseigner avant de décider quoi faire.

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Le 116 006 est le numéro gratuit de France Victimes, ouvert 7 jours sur 7. L’équipe peut écouter, informer et t’orienter vers une association près de chez toi. Tu peux les appeler même si tu n’as pas porté plainte.

France Victimes et le 116 006 ↗

Un avocat ou un Point-justice

Appelle le 3039 pour obtenir une information juridique gratuite et connaître le Point-justice le plus proche. Des permanences permettent de consulter gratuitement un avocat ; les lieux et modalités varient. Certaines mairies en organisent aussi : renseigne-toi auprès de ta mairie.

Trouver une consultation gratuite ↗ · Accès au droit et Point-justice ↗

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Vérifie tes contrats (habitation, auto ou garantie spécifique) et appelle l’assureur pour demander si ta situation est couverte. Les garanties, plafonds et exclusions dépendent du contrat : ne suppose pas que la prise en charge est automatique.

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